Ma pratique découle directement de l'évidence que j'ai
ressentie lorsque j'ai posé une toile au sol pour la première fois. A cette époque je ne connaissais pas la peinture, je ne connaissais que mon désir de peindre.
Lorsque j'ai saisi à quel point ma liberté de mouvements était réduite, j'ai eu envie d'envahir l'espace ou plutôt d'être envahie par lui.
Je voulais que mes toiles soit un bout d'existence où l'on puisse se plonger et chercher les cachés, les détails. Pour cela, il fallait englober le spectateur de sorte qu'il se retrouve dans un univers de couleurs et de matière où il laisserait parler ses sens comme une pause dans le temps de l'art, une œuvre où il n'y aurait rien à chercher mais tout à découvrir.
Le sens y est immédiatement visible et il n'y a rien d'autre à comprendre car c'est une instantanéité de la sensation. Loin des discours de l'art contemporain, le but est d'essayer de faire vivre quelque chose de l'art. Je ne veux pas que mon œuvre reste une idée de peintre dans son atelier ou encore une idée accessible aux seuls spectateurs avertis.
J'ai conscience d'être en décalage avec l'art actuel car ma peinture n'a pas de message conceptuel mais un contenu subjectif et humain, fondé sur les impressions et les ressentis.
Ces toiles sont des morceaux de vie qu'il faut découvrir et par lesquels il faut se laisser porter, mon objectif est de faire découvrir la peinture à son état de base, avec ses accidents, ses surprises et même ses contraintes. Mes toiles ne sont pas pérennes car elles vivent d'elles- mêmes et se transforment à chaque transport et au gré de la vie.
Elles sont autonomes à partir du moment où je décide de ne plus les toucher. Je choisis de ne pas les protéger car à chaque fois qu'elles s'ouvrent au spectateur, quelque chose a changé. La peinture est vivante, elle se fissure, se craque, lutte et c'est ce qui m'intéresse en elle.
J'impose au spectateur un monde dans lequel je souhaite qu'il rentre, pour se découvrir lui-même en ce que la peinture a peut-être de plus précieux : son instantanéité, sa composition et sa matière.
Je suis de ceux qui pensent que l'œuvre d'art doit être réalisée dans l'instant de la pulsion, sans considération à ce moment, de la représentation finale. Ma position trouve sa logique dans le fait que chacune de mes œuvres est bien distincte Il s'agit d'offrir un espace visuel différent, envoûteur et spontané.